5 questions à Leila Slimani

Une femme engagée et libre. Voici ce qui définit Leila Slimani, écrivaine franco-marocaine de 35 ans et lauréate du Prix Goncourt 2016. A travers une interview, l’auteure de « Chanson Douce » témoigne de la femme en 2017 et de sa place dans la société.


Considérez vous que le féminisme fait parti intégrante de votre écriture et votre travail? Et comment se manifeste-il?

Non ça n’a rien à voir, car pour moi l’écriture romanesque c’est un monde en soit , dans lequel ne rentre aucune idéologie, aucun prisme politique, même si le travail romanesque est toujours soutendu par une forme d’engagement humaniste. Je suis attachée à la dignité de l’être humain, mais ça ne fait pas parti de mon travail. J’essaye de construire des personnages dignes et réalistes qui provoquent des émotions. Mais je ne pense pas que l’on puisse raconter des histoires en étant influencé par des choses que l’on cherche à prouver.

Qu’est ce qui a déclenché votre prise de conscience?

Le féminisme est pour moi une évidence. Il fait totalement parti de moi et je suis féministe depuis le jour ou je suis devenue femme. J’ai été élevée par des femmes, dans un pays ou la question de l’égalité hommes-femmes a toujours été brulante. J’ai vécu dans le Maroc d’avant la réforme du code de la famille, qui était réformée en 2004.

Est ce que vous avez l’impression que le milieu littéraire en France est sexiste envers les femmes ?

Non, pas plus qu’ailleurs. Il y a du machisme, des remarques, du paternalisme, mais ça serait une forme de caprice de dire que je souffre de sexisme. Je pense qu’il y a des milieux professionnels ou le sexisme est bien plus marqué.

Quelle figure de femmes vous inspire, vous ont marqué, y en a t-il une en particulier ?

Les femmes qui m’ont le plus marquées sont des femmes anonymes, divorcées, célibataires, notamment au Maroc, anticonformistes, qui ont refusé le dessin qui était tout tracé pour elles, qui se sont rebellées contre les règles. Mais il y a aussi des hommes qui m’inspirent, comme Kamel Daoud qui est pour moi un très grand féministe.

Comme on peut le voir dans votre premier ouvrage, la sexualité a une place importante. Quel lien faites vous entre sexualité et féminisme?

Pendant longtemps et c’est encore le cas encore au Maroc, la sexualité des femmes est une sexualité contrainte, la sexualité conjugale est la seule envisageable. En Algérie, au Maroc et enTunisie, le certificat de virginité est encore un acte légal qui permet de déterminer le statu administratif d’une femme. Le féminisme ne peut pas se passer de revendications d’ordre sexuelles, les droits sexuels sont des droits de l’Homme pour moi.