Quelle est la place des mannequins dans la société ?

La place de la femme dans la société reste discutable ? Les mannequins occupent une place toute aussi mitigée dans le monde de la mode.

Un peu d’histoire…

Photo : Pinterest

Au milieu du XIXème siècle, Charles Frederick Worth fait le buzz. C’est le premier grand couturier, celui qui a inventé la Haute Couture. Il est un peu le Christian Dior de l’époque des années 1800. Les vêtements qu’il créaient devaient être portés et présentés aux hypothétiques futures clientes de l’Aristocratie française. Marie Vernet, premier mannequin et épouse de Worth, était réquisitionnée pour présenter les créations de son mari lors des grands événements mondains.

Le mannequin devient tellement indispensable pour visualiser le porté et le tombé de la toilette que son épouse se met à former d’autres femmes qu’elle trouve parmi les ouvrières employées et vendeuses. A l’époque, les modèles humains n’étaient pas mieux perçues qu’aujourd’hui. Elles étaient quelques fois comparées aux cocottes – les prostituées de l’époque – parce qu’on considérait qu’elles vendaient leur corps. Les critères de beauté n’étaient évidemment pas les mêmes qu’aujourd’hui : les codes et canons de beauté au XIX siècles ont évolué. Ils ont changé, changent et continueront de changer.

L’ère des Top Models

Photo : publicité Versace, Pinterest

Au fil du temps, les mannequins sont de plus en plus importantes jusqu’à prendre une place considérable dans les maisons de couture. Les Top Models des années 90 font partie de cette élite. Véritables actrices, elles mettent en scène le vêtement, jouent avec la matière et donnent une fraîcheur sans égale à la marque qu’elles représentaient. Parmi elles : Naomi Campbell, Claudia Schiffer, Laetitia Casta… Elles représentent la féminité que toute femme souhaiterait acquérir. A cette époque, les mannequins ne sont plus réellement vues comme des objets. Encore aujourd’hui, ces idoles sont omniprésentes, à tel point que chaque grande maison fait appel à des personnalités du cinéma ou de la musique pour les représenter. Les marques misent tout sur leur notoriété. Chaque publicité met en avant un visage connu et apprécié (ou pas).

Les canons de beauté ont évolué. De nombreux problèmes ont été posés et se posent encore quant à la maigreur de certains mannequins, dénoncée par bon nombre de journaux. Un phénomène bien connu qui continue d’agacer. Il y a quelques années, Kate Moss, mannequin anglais que l’on appelle la brindille, s’est faite foudroyée après ces propos : « Nothing tastes as good as skinny feels » (« On ne se sent jamais aussi bien que lorsqu’on est maigre »). Paradoxalement, Jean Paul Gaultier a décidé de faire défiler la chanteuse Beth Ditto, fièrement obèse.

La femme d’aujourd’hui

Photo : Bella Hadid, Pinterest

« Encore beaucoup de gens pensent qu’être mannequin se résume à être belle, grande et fine. Mais ce n’est pas tout, c’est un travail sur le long terme », confie Emilie, mannequin française vivant à Berlin.
La femme d’aujourd’hui est sportive, aux jambes musclées, emplie d’assurance… En somme, une femme totalement healthy. La mode ? Elle est à l’allure sportive Nineties : on mélange les genres, on use de son côté sportswear avec une touche d’élégance, comme le font constamment Demna Gvasalia pour Balenciaga et Gosha Rubchinskiy.
« Personnellement, j’aime la mode parce qu’elle évolue à chaque saison. Même si certaines pièces reviennent, elles sont toujours revisitées. Aujourd’hui, c’est le sportswear. Peut-être que demain, ce sera le retour des pantalons patte d’eph! », explique Sarah, mannequin parisienne de 25 ans.
De nouveaux codes de la beauté émergent et viennent petit à petit détrôner le culte de la maigreur, sanctionnée d’ailleurs par la France : six mois de prison requis à toute personne faisant défiler un mannequin dont l’IMC est moindre.

La génération « mannequins 2.0 »

Photo : Gigi Hadid, Pinterest

Aujourd’hui, certains mannequins sont devenues aussi populaires que les personnalités de la télévision, du cinéma ou de la musique. Qui n’a jamais entendu parler ou au moins vu en en première page de Vogue, Kendall Jenner, Gigi Hadid ou Cara Delevingne?

Qu’est-ce qui explique cette forte notoriété? Aujourd’hui, le culte de la beauté athlétique, non plus de la maigreur, fait partie intégrante de la société. L’omniprésence des mannequins sur les réseaux sociaux, Twitter, Instagram et Facebook incite à la propagande. C’est à travers ces applications que les jeunes filles « trendy » se font connaître et aimées.

« Je suis ultra-connecté en tant que mannequin. C’est par les réseaux sociaux qu’on se fait connaître », poursuit Emilie.

Le directeur artistique de Balmain, Olivier Rousteing, est adepte de ces réseaux sociaux. Il aime s’exhiber sur Instagram au bras de ses mannequins fétiches. Il appelle même cette élite la « Balmain Army »… Non, sérieusement ?

Alexandre Marain