Rencontre avec Marie Beauchesne, fondatrice de la marque Ypsylone

Féministe depuis toujours et entrepreneur, Marie Beauchesne veut faire bouger les mentalités. Grâce à sa marque Ypsylone, elle agit en créant des vêtements accessibles à tous, peu importe le genre.  Rencontre avec une femme qui porte un message fort.

Crédit : Victor Cavasino

Pour vous, c’est quoi être féministe ?

Il faut savoir qu’il y a autant de définitions du féminisme qu’il y a de féministes. Pour moi c’est une liberté. C’est se battre contre une domination genrée qui ne vient pas que des hommes ou des pères. On a envie d’être tous ensemble libre et libéré de ce système stéréotypal. Les femmes ne se libèrent pas des hommes, elles se libèrent toute seule.

Quand avez-vous su que vous étiez féministe ?

Je ne sais pas quand a eu lieu le déclic mais je sais que ça m’a toujours choqué notamment à l’école. C’est au collège que j’ai commencé à comprendre ce que c’était et depuis j’ai développé un sentiment de révolution historique. Aujourd’hui on a l’impression que tout va bien. Alors que ce n’est pas le cas.

Ypsylone

Pourquoi pensez-vous que c’est dur aujourd’hui de se revendiquer féministe ?

C’est avant tout une question d’image. Aujourd’hui être féministe c’est être énervé et être contre les hommes : c’est ce qu’on voit le plus. Du coup quand on en parle il faut creuser pour savoir pourquoi ça choque les gens et ce qu’ils entendent par là. Il faut savoir qu’on a tous son domaine d’expertise et c’est ça qui importe ! On ne peut pas tout savoir. Pour les hommes c’est différent. Certains ont peur de se revendiquer féministe car ils ont une histoire et pour certains tu ne peux pas être un homme et être féministe. Aujourd’hui ça avance et c’est ça qui est bien. Car un homme peut se revendiquer féministe sur un thème qu’il connait ou qui le touche.

Qu’est ce qui pour vous différencie le féminisme en France du féminisme Outre-Atlantique ?

En France les icônes féministes sont plutôt vieilles ou mortes (selon un sondage que j’ai fait). Du coup mes mentors m’ont dit de faire attention quand j’utilisais le mot féministe car il est dur et clivant voir limite politique. C’est quelque chose qui n’est pas à la mode. Alors qu’aux États-Unis il y a Beyoncé, Emma Watson… Des femmes jeunes et puissantes qui ont une voix et font parler d’elle. Il y a une vraie différence entre les deux cultures. J’ai travaillé un an à New-York dans la communication et ça m’a beaucoup aidé. On s’y sent tout de suite chez soi, il n’y a pas de jugement et les choses sont plus avancées, par exemple contre le harcèlement de rue. Il faut savoir qu’en France 100% des femmes se sont déjà fait agressées dans le métro.

 

Parlez nous de votre marque ?

Je prône la culture pop. C’est-à-dire qu’on laisse le choix. Comme avec le pull que je porte où est inscrit un message (sur ce dernier on voit écrit « never gender », ndlr). Soit tu décides de ne pas y faire attention, soit ça peut lancer une conversation. Ypsylone c’est la première marque de mode féministe en France. La mode féministe c’est s’interroger sur le long terme sur la représentation des femmes. Moi je dis non au Photoshop. Je choisis des femmes pour ce qu’elles m’inspirent et non pour leur morphologie car ce n’est pas le plus important. Je veux montrer des femmes qui ne sont pas là pour faire joli mais qui ont une histoire à raconter.

Le féminisme d’aujourd’hui peut être porter par des femmes et des hommes. C’est unisexe comme ma marque. J’ai choisi Ypsylone car la lettre Y est visuellement féminine mais représente le chromosome masculin. Et puis Y en anglais c’est why et le fondement de ce que je fais c’est du questionnement.

Quelles sont vos icônes, les personnes qui vous inspirent ?

Avant tout je dirais Emma Watson. Elle a plusieurs casquettes et elle y va à fond. Elle peut incarner une princesse Disney, poser à moitié nue pour Vanity Fair et faire un discours profond à l’ONU. Elle est engagée et a de réelles convictions qu’elle suit jusqu’au bout. En auteure j’aime beaucoup Virginie Despentes qui est connue pour être une grande féministe. (On lui doit notamment Apocalypse Bébé, King Kong theorie …, ndlr) Ce sont des femmes dont je m’inspire. Quant-à ma marque, c’est plus hasardeux. Ce sont soit des amis, soit des amis d’amis. Je fais beaucoup marcher mon réseau et des fois c’est plus rapide que d’autres. Par exemple, pour les hommes ça a été très simple.

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